Doctolib va piocher dans tes données santé pour son IA : comment dire non (et pourquoi c'est grave)
Doctolib active par défaut l'utilisation de tes données médicales pour ses recherches en IA. On t'explique comment refuser, et pourquoi cette méthode d'opt-out est un piège pour ton emploi futur.
Le fait
Le 8 juillet 2026, Doctolib a informé ses utilisateurs par email : à partir d'août, leurs données santé seront utilisées par défaut pour entraîner des IA. Aucun consentement explicite n'est requis. Pour refuser, il faut remplir un formulaire en ligne avec nom, prénom et date de naissance.
Ce projet, intitulé "Améliorer les parcours de soins grâce à l'IA", associe Inria, l'Inserm et l'Université Paris Cité. Doctolib y investit 160 millions d'euros en 2026, après 20 millions en 2025. L'objectif affiché est d'optimiser les soins, mais les retombées bénéficieront d'abord à Doctolib, qui vise une position dominante face à Google Health ou Anthropic.
Pour justifier cette collecte, Doctolib invoque l'"intérêt légitime" du RGPD, une faille permettant de contourner le consentement. La CNIL valide cette approche via sa méthodologie MR-004, conçue pour les recherches n'impliquant pas directement les personnes. Pourtant, ces données pourraient servir à automatiser des tâches médicales, des diagnostics aux prises de rendez-vous.
L'email n'a pas été envoyé à tous les utilisateurs, et le formulaire de refus est complexe. Résultat : la majorité ne réagira pas, ce qui arrange Doctolib.
Ce qu'on en dit vraiment
1. L'"intérêt légitime" : une faille exploitée pour contourner le consentement Doctolib utilise l'"intérêt légitime" pour éviter de demander ton accord. Officiellement, c'est pour "la science". En réalité, les 160 millions investis en IA visent à automatiser des métiers : secrétaires médicales, infirmiers, voire médecins. Tes données servent peut-être à entraîner ton futur remplaçant.
2. L'opt-out est conçu pour être ignoré Un email facile à manquer, un formulaire fastidieux… Doctolib mise sur l'inertie. Une étude de Princeton (2023) montre que seulement 5 à 10% des utilisateurs exercent leur droit d'opt-out dans ces conditions. 90% des données sont donc aspirées par défaut. Comme le souligne un internaute : "On n'a pas le choix pour beaucoup de praticiens."
3. Tes données pourraient automatiser ton emploi Le projet Heka travaille sur des IA capables d'analyser des parcours de soins, prédire des diagnostics ou proposer des traitements. En 2024, McKinsey estimait que 30% des tâches médicales pourraient être automatisées d'ici 2030. Avec cette collecte, Doctolib accélère le processus.
4. La CNIL reste silencieuse Next.ink a interrogé la CNIL sur les garanties du projet. Aucune réponse. Pourtant, la MR-004 impose des garde-fous (anonymisation, limitation des accès), rarement vérifiés. En 2025, Doctolib a écopé d'une amende de 4,665 millions d'euros pour abus de position dominante, sans effet dissuasif.
Les chiffres clés
- 60 millions : Comptes Doctolib en 2021 (presque la population française).
- 160 millions d'euros : Budget 2026 pour l'IA (après 20 millions en 2025).
- 5 à 10% : Taux d'utilisateurs exerçant leur opt-out dans ces conditions.
- 30% : Tâches médicales automatisables d'ici 2030 (McKinsey).
- 4,665 millions d'euros : Amende de l'Autorité de la concurrence en 2025.
La citation qui résume tout
"À partir d'août 2026, nous collaborerons avec une équipe de recherche sur le projet 'Améliorer les parcours de soins grâce à l'intelligence artificielle'." Doctolib
Cette phrase cache une réalité : tes données serviront à entraîner des algorithmes qui pourraient remplacer des humains. Doctolib compte sur ton silence. Si tu ne réagis pas, tu deviens complice de ta propre obsolescence.
Pour toi concrètement
Patient ou proche
- Refuse maintenant : Remplis ce formulaire avec tes infos.
- Demande des alternatives à ton médecin (Maiia, Keldoc).
- Vérifie tes emails : Si tu n'as pas reçu celui du 8 juillet, cherche dans ton compte Doctolib.
Soignant
- Refuse l'utilisation de tes données via le formulaire.
- Anticipe l'impact : L'IA pourrait automatiser la prise de rendez-vous ou l'analyse de symptômes. Lis notre guide sur l'automatisation.
- Forme-toi : Utilise Claude ou Perplexity pour gagner du temps. Consulte notre fiche infirmier IA.
Tech/data
- Comprends les enjeux RGPD : L'"intérêt légitime" est une faille courante. Lis notre décryptage.
- Évalue les risques : Les données santé sont sensibles. Privilégie l'anonymisation ou le consentement explicite. Voir notre guide.
- Anticipe les régulations : La CNIL pourrait durcir les règles. Forme-toi avec ChatGPT.
Inquiet pour tes données
- Fais un audit : Utilise Exodus Privacy pour voir quelles applis accèdent à tes données.
- Protège-toi : Notre guide gratuit inclut un module sur la protection des données.
- Milite : Signe des pétitions comme celle de La Quadrature du Net.
Le verdict Adapte-toi
Doctolib ne cherche pas à "améliorer les soins", mais à dominer l'IA médicale. Leur opt-out est un piège : conçu pour être ignoré, il permet d'aspirer tes données par défaut. Légal grâce à une faille du RGPD, ce système menace ton emploi si tu travailles dans la santé.
Agis maintenant :
- Refuse via le formulaire.
- Parle-en à ton médecin.
- Forme-toi pour anticiper les changements.
L'IA va tout bouleverser, mais c'est à toi de décider comment. Pour aller plus loin :
À partir d'août 2026, nous collaborerons avec une équipe de recherche sur le projet 'Améliorer les parcours de soins grâce à l'intelligence artificielle'.
Sources
- Doctolib veut utiliser vos données pour ses recherches en IA. Vous pouvez refuser. · Next.ink · 9 juil. 2026
- Méthodologie de référence MR-004 de la CNIL · CNIL · 1 janv. 2023